TAFFÉ Juliane

Doctorante en littérature américaine du XIXe siècle

Publié le 15 octobre 2026 – Mis à jour le 15 octobre 2026

Thèse en cours : « La déraison dans la nouvelle américaine du XIXe siècle (Directeur de recherche : Eric Athenot) »

Thèmes de recherche

  • Nouvelle américaine du XIXe siècle
  • Histoire de la médecine
  • Philosophie
  • Narratologie

Présentation synthétique des recherches

Ma thèse porte sur la déraison dans la nouvelle américaine du XIXe siècle. À partir d'un corpus mêlant canonicité et minorité , j'analyse des expériences qui débordent les cadres du rationnel : hallucinations, impulsions irrésistibles, personnalités divisées, perceptions altérées. Je propose la déraison non comme un synonyme de la folie, ni comme un diagnostic, mais comme un régime d'expérience — un passage, une relation dynamique et une crise des frontières. Il s'agit de penser les limites de l'intelligibilité et la manière dont la littérature les met à l'épreuve.
 

Résumé de la thèse en cours

Cette thèse examine la manière dont la nouvelle américaine du XIXe siècle met en scène des expériences de conscience altérée qui résistent aux cadres interprétatifs disponibles — qu'ils soient médicaux, philosophiques, sociaux ou religieux. Elle s'appuie sur un corpus volontairement mixte, qui articule des textes canoniques et des textes issus de traditions minorisées : aux côtés d'auteurs reconnus comme Edgar Allan Poe, on trouve des écrivaines blanches et des auteurs et autrices afro-américain·e·s, notamment Charles W. Chesnutt et Pauline Hopkins. Ce choix permet de confronter les représentations de la déraison produites depuis des positions sociales, raciales et genrées très différentes, et d'interroger ce que ces positionnements font à la manière dont l'expérience irrationnelle est racontée, jugée et interprétée.

La thèse interroge la notion de « déraison » non comme un synonyme de la folie, ni comme une catégorie diagnostique, mais comme un régime d'expérience permettant de décrire un ensemble de phénomènes : modification du rapport à soi, au corps, au temps, à la perception et au réel ; écart entre ce que le sujet éprouve et ce qu'il peut reconnaître comme intelligible ; déstabilisation des frontières qui structurent ordinairement l'expérience (rationnel/irrationnel, réel/imaginaire, conscient/inconscient, soi/autre, corps/esprit, science/surnaturel).

L'analyse montre que la déraison, loin d'être l'absence ou l'échec de la raison, apparaît précisément là où la raison rencontre sa propre limite. Chez Poe, elle se manifeste comme un basculement de la conscience, où le sujet comprend parfaitement son impulsion irrationnelle sans pouvoir y résister. Chez Chesnutt, elle est produite par la violence sociale et raciale, qui objectifie le corps et finit par rendre le sujet étranger à lui-même. Chez Hopkins, elle devient une crise épistémologique : une expérience jugée irrationnelle depuis un régime de connaissance peut devenir productrice de savoir depuis un autre.

En articulant phénoménologie, théorie critique et analyse littéraire, cette thèse propose la déraison comme un outil pour relire autrement les expériences de conscience altérée, d'écart au réel et de subjectivité instable dans la littérature américaine du XIXe siècle. Elle invite ainsi à repenser les limites de l'intelligibilité et la manière dont la fiction les met à l'épreuve.
 

Responsabilités pédagogiques et/ou scientifiques

  • Représentante des doctorants du laboratoire IMAGER

Enseignements

  • TD Lansad Anglais L2S3