Travail de mémoire et nazisploitation : la littérature et le cinéma contemporain français et allemand à l’épreuve.
Thèmes de recherche
Travail de mémoire
Nazisploitation
Les Bienveillantes
Collaboration
Mythification
Shoah
Présentation synthétique des recherches
La mémoire est une fabrication. Le fait précède la mémoire et tant qu’il y a des témoins il n’y a pas besoin de mémoire. Avec la disparition des témoins, le problème se pose aujourd’hui de la transition du témoignage de la Shoah à la mémoire de la Shoah. Comment faire quand il n’y a plus de témoins ? Il faut fabriquer la mémoire. Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell est un exemple de cette fabrication de mémoire. Dans ce roman le personnage de Max Aue incarne la Shoah dans sa totalité, pas seulement les victimes ou les bourreaux mais le nazisme lui-même. Max Aue est le héros de cette Shoah. Les Bienveillantes constitue ainsi la première tentative dans la littérature française d’une transition du témoignage à la fabrication de la mémoire.
Nous voulons situer notre travail dans le prolongement de la thèse de doctorat de Désirée Lamoureux, dans laquelle elle s’interroge sur la nature mythique du personnage de Max Aue. Notre objectif est d’évaluer dans quelle mesure les représentations pas seulement du SS Max Aue mais aussi d’autres personnages incarnant le nazisme, comme le collaborateur français ou le soldat Wehrmacht, dans les œuvres de fictions allemande et française contemporaines sont mythifiées, notre hypothèse de travail étant que le vecteur de cette mythification consiste en une translation vers les œuvres de fictions contemporaines, une apposition des codes du genre cinématographique de la nazisploitation.
Dans un premier chapitre nous montrerons que la nazisploitation constitue le cadre de représentation des œuvres de fictions sur le nazisme. Dans un deuxième chapitre nous montrerons que l’évolution du personnage du collaborateur tel que représenté dans le travail de mémoire français abouti, à l’aide de la nazisploitation, à une mythification de la collaboration. Dans une troisième partie nous montrerons que l’évolution du personnage du soldat allemand (SS et Wehrmacht) tel que représenté dans le travail de mémoire allemand abouti, à l’aide d’une nazisploitation commerciale, à une démythification de la guerre à l’est.. Nous conclurons sur la lumière que jette la production littéraire et cinématographique en France et en Allemagne sur l’état des lieux du travail de mémoire dans ces deux pays.
Notre corpus primaire sera composé comme suit : le roman Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell, le téléfilm Unsere Mütter unsere Väter (2013) de Philipp Kadelbach, le roman Das kalte Blut (2017) de Chris Kraus, le téléfilm Das 1000 jährige Reich (2024) de Matthias X. Oberg et le film Les Rayons et les ombres (2026) de Xavier Giannoli. La méthodologie utilisée sera celle de la littérature comparée.
En tant que professeur d’allemand en France et arrière-petit-fils de général de la Luftwaffe, la recherche sur le travail de mémoire français et allemand nous concerne personnellement à double titre. L’obtention du grade de docteur doit nous permettre d’enseigner le français à l’Université de Saint-Pétersbourg.